On débarque chez le ferrailleur avec un sac de vieux robinets, une poignée de raccords de plomberie et quelques kilos de laiton récupérés sur un chantier. Le prix affiché au comptoir ne correspond pas à celui trouvé en ligne la veille. Normal : le laiton n’a pas de cotation officielle sur les marchés de matières premières, contrairement au cuivre ou au zinc. Chaque ferrailleur reconstruit son propre tarif, et comprendre ce mécanisme change ce qu’on obtient à la pesée.
Pourquoi le laiton n’a pas de cours officiel au LME
Le London Metal Exchange cote le cuivre, le zinc, l’aluminium, le nickel, mais pas le laiton. Ce dernier est un alliage, pas un métal pur. Sa composition varie d’une pièce à l’autre : certains laitons contiennent plus de cuivre, d’autres davantage de zinc, et certains intègrent du plomb ou de l’étain.
Le ferrailleur doit donc estimer la valeur de chaque lot en partant des cours LME du cuivre et du zinc, puis en pondérant selon la composition supposée de l’alliage réceptionné. Un laiton de robinetterie standard tourne autour de 60 % de cuivre et 40 % de zinc, mais un laiton décoratif ancien peut avoir un ratio très différent.
Cette reconstruction locale du prix explique un phénomène que beaucoup constatent sur le terrain : des écarts dépassant 1 euro par kilo entre deux ferrailleurs proches géographiquement. Le « prix du marché » qu’on lit sur les sites est une indication, pas un tarif garanti.

Décote ferrailleur sur le laiton : ce qui se joue entre le cours LME et le prix payé
On entend souvent parler du « cours du laiton », mais le prix payé au comptoir est toujours inférieur au cours théorique reconstitué. La différence, c’est la décote. Elle couvre plusieurs postes concrets que le ferrailleur doit absorber avant de revendre la matière à une fonderie ou un affineur.
- Le tri et le contrôle qualité : séparer le laiton propre des pièces contenant du fer, du plastique ou d’autres métaux prend du temps et du personnel.
- Le transport vers la fonderie ou l’exportateur, souvent facturé au poids et à la distance, qui grignote la marge sur les petits volumes.
- La fusion et l’affinage, car le laiton doit être refondu pour être réutilisé, avec une perte de matière (scories, impuretés brûlées).
- La marge commerciale du ferrailleur, qui reste un intermédiaire entre le particulier et l’industrie.
Sur les petites qualités de laiton (compteurs chargés d’impuretés, pièces mélangées), cette décote est structurellement plus élevée. Le ferrailleur sait qu’il devra investir plus de travail pour rendre le lot vendable. Sur du laiton propre et massif, la décote se réduit parce que le coût de traitement baisse.
Catégories de laiton chez le ferrailleur : tri et prix au kilo
Au moment de la pesée, le ferrailleur classe le lot dans une catégorie. Ce classement détermine directement le prix. Les retours varient sur ce point d’un site à l’autre, mais on retrouve généralement trois grandes familles.
Laiton propre et massif
Poignées de porte, barres, objets décoratifs massifs, copeaux d’usinage sans huile. C’est la catégorie la mieux payée. Le ferrailleur sait que la teneur en cuivre est élevée et que le lot partira en fonderie avec peu de perte.
Laiton de robinetterie
Robinets, vannes, raccords de plomberie. Le prix est légèrement inférieur car ces pièces contiennent parfois des joints, de la visserie en acier ou des résidus de calcaire. Retirer les éléments non métalliques avant la vente améliore le classement du lot.
Laiton chargé ou mélangé
Compteurs d’eau complets, pièces soudées à d’autres métaux, laiton avec plastique intégré. Le prix chute nettement. Le ferrailleur applique un tarif bas parce que le coût de séparation est élevé, et la part réellement valorisable est incertaine.
D’après les grilles publiées par certains ferrailleurs, l’écart entre du laiton propre et du laiton chargé peut aller du simple au double. Chez City Débarras par exemple, les prix publiés vont de 2,30 euros le kilo pour des compteurs complets à 5,60 euros pour du laiton propre.

Optimiser le prix du kilo de laiton avant d’aller chez le ferrailleur
Le levier principal, c’est le tri. Mélanger du laiton propre avec des compteurs chargés dans le même sac, c’est accepter que tout le lot soit payé au tarif le plus bas. Séparer les catégories avant la pesée permet de négocier chaque lot à son juste prix.
Quelques gestes concrets changent le résultat :
- Dévisser les raccords en acier ou en plastique des robinets pour ne présenter que la partie laiton.
- Retirer les joints, rondelles et éléments non métalliques.
- Séparer le laiton des autres métaux non ferreux (cuivre, aluminium, zinc) pour éviter un classement en « mélange ».
- Accumuler un volume suffisant avant de se déplacer, car certains ferrailleurs proposent un meilleur tarif au-delà d’un certain poids.
Le moment de la vente compte aussi. Le cours du cuivre fluctue quotidiennement sur le LME, et le prix du laiton suit cette courbe avec un décalage de quelques jours. Consulter le cours du cuivre avant de se déplacer donne une idée de la tendance.
Comparer plusieurs ferrailleurs
Puisque chaque ferrailleur reconstruit son prix localement, appeler deux ou trois sites avant de charger le camion reste la méthode la plus fiable. Les grilles en ligne sont souvent indicatives et mises à jour avec du retard. Le tarif réel se confirme par téléphone ou au comptoir, le jour même.
Le prix du kilo de laiton n’est pas un chiffre fixe qu’on peut consulter comme un cours de bourse. C’est une estimation recalculée à chaque transaction, à partir des cours du cuivre et du zinc, de la qualité du lot, et de la structure de coûts du ferrailleur. Trier proprement et comparer les offres locales, c’est ce qui sépare une vente correcte d’une vente sous-évaluée.